Rencontre avec Tetiana Stadnyk, Secrétaire générale de l’ONG Youth and Environment Europe partenaire de l’EcoLab franco-russe

01 septembre 2021

 

 

L’ÉcoLab franco-russe, qui est un programme de mobilité à destination de jeune français et russe engagés sur les questions environnementales, est organisé dans le cadre du Dialogue de Trianon, en partenariat avec l’ONG Youth and Environment Europe, l’Institut français et l’Office français de la biodiversité.

 

Plus nous donnerons de pouvoir aux jeunes, plus nous aurons de chances de les voir faire les changements nécessaires pour nous éviter d’atteindre le point de non-retour.

 

Youth and Environment Europe (YEE) a été fondée en 1983 pour être l’antenne régionale européenne de la Fédération internationale de la jeunesse pour l’étude et la conservation de l’environnement (IYF). Dans quelle mesure ses objectifs ont-ils changé depuis les années 1980 ?

Au cours de mes recherches, j’ai pu constater que les jeunes des années 1980 s’étaient évertués à déchirer le Rideau de fer pour connecter Est et Ouest. Les difficultés auxquelles ils faisaient face à l’époque étaient déjà très similaires à celles que nous connaissons aujourd’hui. Ils connaissaient les enjeux relatifs au climat. Dans les années 1980 et 1990, les jeunes participaient déjà à des actions pour le climat. Le Sud et l’Est de l’Europe sont encore des régions sous-représentées dans le mouvement de la jeunesse en faveur du climat, notamment en ce qui concerne l’environnement politique et nos objectifs. Nous cherchons à rassembler davantage de personnes dans ces zones géographiques et à partager plus de témoignages de militants provenant de ces régions. Nos objectifs sont d’échanger des connaissances et de travailler main dans la main afin d’encourager les jeunes à participer à la prise de décisions relatives à l’environnement. Ces objectifs sont les mêmes depuis la création de l’organisation.

 

Comment avez-vous personnellement pris conscience des enjeux relatifs au climat et comment avez-vous intégré YEE ?

Je suis née en Ukraine et j’ai grandi dans une région qui souffrait énormément du dépôt sauvage de déchets. J’ai toujours été attristée par l’odeur et consternée de voir qu’il était impossible de profiter de la nature sans tomber sur des tas d’ordures. C’est ainsi que je suis devenue militante et que j’ai commencé à faire part de mon expérience aux décideurs. J’ai étudié la géographie physique afin de comprendre le fonctionnement de la planète, puis j’ai participé bénévolement à de nombreux projets environnementaux. Puis un jour, je suis tombée sur cette opportunité incroyable au sein de YEE et j’ai trouvé l’emploi de mes rêves. Paradoxalement, je ne suis pas vraiment la militante que je pensais devenir à l’époque, mais mon rôle est de donner la parole aux militants.

 

Le changement climatique est incontestablement l’un des défis les plus redoutables auxquels la planète a jamais été confrontée. Comment YEE souhaite-t-elle contribuer à résoudre ce problème ?

Nous espérons donner aux jeunes Européens les moyens de participer à la prise de décision. Notre mission se divise en plusieurs étapes. La première étape – la plus importante – est de s’assurer que les jeunes se sentent concernés. Lorsque les populations sont indifférentes, les personnes au pouvoir sont libres de faire tout ce qu’elles veulent. Ensuite, nous devons faire en sorte qu’ils aient les connaissances et aptitudes nécessaires afin de participer aux discussions et de contribuer efficacement aux processus de prise de décisions. Dans le cadre de nos projets, nous ne parlons pas seulement des problèmes environnementaux, mais également des législations et cadres juridiques en vigueur. Pour finir, nous veillons à ce que les jeunes puissent jouer un rôle lors de la prise de décisions en les envoyant participer à des réunions en présence de parties prenantes et de décideurs. De plus, nous formons des délégations qui assistent à différents événements internationaux tels que le Congrès mondial de la nature de l’UICN, en collaboration avec l’Institut français. Nous mettons également un point d’honneur à garantir la diversité du mouvement européen de la jeunesse pour le climat afin qu’il ne soit pas constitué uniquement de personnes blanches et de classe moyenne.

 

Tous les projets de YEE sont organisés et menés à bien par des personnes de moins de 30 ans. Cette génération qui subira les conséquences de l’inaction s’investit-elle avec davantage de ferveur que les générations précédentes ?

Oui. Je pense que les nouvelles générations vivent différemment la crise climatique. J’ai 25 ans et la plupart de mes amis pensent à fonder une famille et à avoir des enfants, mais se demandent quel monde attend leurs enfants alors qu’eux-mêmes souffrent déjà des conséquences de la crise climatique. Nous savons également qu’il est possible d’agir sur le plan personnel pour diminuer significativement son impact sur le climat en choisissant d’avoir un enfant de moins. Nos parents n’avaient pas à se poser ce genre de questions. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les jeunes sont bien plus engagés dans cette lutte.

Le principal problème est qu’il ne suffit pas d’une réunion, ni même de deux événements, pour sensibiliser un gouvernement sur nos propositions. C’est un travail continu qui peut nécessiter jusqu’à dix ou vingt rencontres par an.

Pensez-vous que si les jeunes d’aujourd’hui avaient davantage voix au chapitre quant aux règles relatives à l’environnement, nous pourrions constater plus de changements positifs dans un futur proche ?

C’est ce que nous pensons. Nous ne pouvons plus parler de combattre la crise climatique, mais nous cherchons désormais à faire en sorte (et il s’agit là de l’objectif de nos projets) de ne pas être confrontés au pire cas de figure. Plus les jeunes pourront s’exprimer et plus le groupe de personnes chargées de prendre les décisions sera varié, plus le processus de prise de décision sera maîtrisé.

 

Cette année, l’ÉcoLab franco-russe réunira, à Marseille du 6 au 11 septembre, des jeunes français et russes œuvrant en faveur de la biodiversité et de la conservation de l’environnement à l’occasion d’un programme d’échange entre les deux pays, organisé dans le cadre du Dialogue de Trianon et en partenariat avec l’Institut français. Quels sont les objectifs spécifiques de ce projet ?

Nous souhaitons appuyer leur participation sur le travail préalablement réalisé lors du Dialogue franco-russe sur le changement climatique. Pendant un an, 50 jeunes ont travaillé à l’élaboration de propositions destinées à leurs gouvernements, dont la plupart concernaient la biodiversité. Ces propositions seront affinées et approfondies à l’occasion de différentes réunions avec les parties prenantes. L’objectif est également d’engager la discussion et de réunir des personnes ayant des points de vue divergents. Fondamentalement, la mission principale est de renforcer leur compréhension des défis liés à la biodiversité et les inciter à mettre ces connaissances à disposition de leurs communautés locales.

 

Comment les participants à l’ÉcoLab pourront-ils se faire entendre des personnalités politiques russes et françaises ?

Le principal problème est qu’il ne suffit pas d’une réunion, ni même de deux événements, pour sensibiliser un gouvernement sur nos propositions. Pour réellement attirer leur attention et approfondir la discussion, nous devons prévoir de nombreuses rencontres, en présence non seulement de personnalités politiques, mais également de parties prenantes concernées par ces problèmes. C’est un travail continu qui peut nécessiter jusqu’à dix ou vingt rencontres par an, que ce soit en présentiel, sur les réseaux sociaux ou via les médias traditionnels.

 

Dans quelle mesure pensez-vous que les membres de YEE pourront apporter les changements nécessaires pour éviter que la crise climatique n’atteigne le point de non-retour ?

Je vois déjà certains jeunes, qui étaient bénévoles à l’origine, agir en ce sens. Ils se battent déjà pour le changement et plus nous donnerons la possibilité aux jeunes d’atteindre cet objectif, plus nous aurons de chances de les voir faire les changements nécessaires pour nous éviter d’atteindre le point de non-retour. Notre mission principale est de former les futurs décideurs. Nous savons que tous les jeunes avec lesquels nous travaillons ne deviendront pas des décideurs, mais ils participeront tous aux discussions et c’est ce qui compte le plus pour nous.

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Appel à projets sur la thématique « climat et environnement »

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