Découvrez les textes de Sarah Arlaud et de Maxim Korneev #concoursCherDemain

 

 

Cher demain,

 Sincèrement, je m’inquiète. Tu connais, toi, l’inquiétude ? Tu sais, cette chose qui blanchit ton teint, qui provoque ce froncement de sourcil, cette bouche qui se plisse, ces minuscules plis juste à l’arrête de ton nez. Tu connais, ça ? Ça ne prend pas aux tripes, ça ne soulève pas la poitrine, ça ne suspend pas ton cœur le temps d’une seconde, comme d’autres choses. Tu sais, l’amour, la peur, la colère. Ces choses qui te retournent entièrement, qui te font trembler des pieds à la tête. Ces choses qui te contrôlent, sans que tu n’aies de prise sur eux. Tu sais, ces choses qui te rendent un peu plus humain. Nous, nous appelons ça les émotions. C’est incroyable, et si tu regardes bien, tu verras que ça cohabite avec les pensées, là-haut, dans le cerveau. Ça et les pensées prennent autant de place l’un que l’autre. Incroyable, non ? C’est fou comme l’humain est complexe.

 Et toi, tu connais tout ça ? Oui, toi. C’est à toi que je m’adresse depuis le début. Je ne sais pas. Peut-être que tu es humain, comme moi. Aucune idée.

 Mais, sincèrement, j’espère. Pourquoi ? Puisque si tu ne connais pas ça, et que tu lis depuis le début sans rien ressentir, sans que ton visage ne reprenne ces plis inquiets, que des rides se forment sur ta peau lisse, là, entre tes deux yeux, ou peut-être plus haut, au niveau du front, face à cette missive du passé, alors j’ai toutes les raisons d’être inquiète. Ou peut-être que je ne suis pas la seule, que tu en as déjà reçu des centaines d’autres humains, comme moi, peut-être comme toi. Alors, je n’ai peut-être pas à m’inquiéter.

Pourtant, si jamais ce n’est pas le cas, j’aimerais te dire quelques mots. Rien de bien méchant. Juste quelques mots.

 Si tu n’es pas humain, que tu es un robot, un animal en quête de vengeance, une créature fantasmagorique, toute droit sorti d’un rêve, même si tu es Barberousse revenu à la vie, ou une plante carnivore, peu importe.

 Et si tout a dégénéré, ici, sur notre belle planète bleue, si elle a survécu, où ailleurs, dans l’espace, peu importe.

 Si l’Homme est mort et enterré, qu’il s’est entretué avec ses armes atomiques, qu’il a été réduit en esclavage par une espèce robotique de sa création, que la nature a repris ses droits, et l’a rasé d’un déluge, s’il a muté, en une chose indistincte de l’humain.

 Alors j’aimerais te dire une chose, une simple petite chose. S’il est mort, honore sa mémoire. S’il est esclave, affranchis-le. S’il a muté, rappelle-toi ces petites choses, qui faisaient de lui un être extraordinaire.

 Ce que je veux te transmettre, c’est un message de paix, d’amour et de nostalgie.

Un message tout droit sorti du passé, pas pour regretter tristement l’humanité, mais pour te rappeler ce qui a conduit ce chef-d’œuvre, tout en nuances de blanc et de noir, à sa perte.

 Rappelle-toi les guerres, la haine, la violence, la perversion, la mort et sa faucheuse, le chaos, l’anarchie, les maladies, rappelle-toi comme ça les amusait, à l’époque, ceux qui tiraient les ficelles, rappelle-toi comme ils souriaient avant d’être eux aussi emportés par le raz-de-marée. Rappelle-toi sa part sombre, à cet humain coupé de ses émotions.

 Rappelle-toi aussi l’art, la poésie, la littérature, la générosité, les rêves, l’amour, les sourires, la création, rappelle-toi comme l’homme est un génie à sa manière. Rappelle-toi toutes ces choses incroyables qu’il a créées. Rappelle-toi ses sociétés, ses religions, ses émotions, ses œuvres, rappelle-toi sa beauté, à cet être aux milles couleurs.

 Je ne te demande qu’une chose : n’oublie pas, et avance. Sans te retourner.

Je ne veux pas d’un monde en noir ou en blanc.

Je veux d’un monde tout en nuances, pas que du gris, mais aussi du bleu, du rouge et du jaune.

Je veux d’un monde en camaïeux de couleurs.

 Alors, avant de faire quoi que ce soit, rappelle-toi, Avenir, de cette humanité qui compte sur toi. Peut-être qu’elle se repose un peu trop sur tes épaules, peut-être qu’elle t’en demande trop, sans contrepartie valable. Mais elle te fait confiance.

L’humanité à confiance en toi, ce n’est pas rien.

Pas trop de pression ?

Bien.

Alors, bonne chance, Avenir, tu en auras besoin.

 

Sarah Arlaud

Lauréat français du concours d'écriture Cher demain

 

Le tic-tac d’une horloge, le bip du réveil chaque matin, les incessantes courses contre la montre, le stress et même parfois la panique... tout cela nous est bien connu : la tyrannie du temps. Paradoxalement, malgré son omniprésence, le temps est une entité que personne ne peut définir malgré des centaines d’années de recherche. Mais une chose est certaine : le passage du temps dans quelconque direction amène des énormes changements dans notre univers... et cela à des niveaux allant du subatomique au quantique, de notre vie insignifiante au monde entier, tel que nous le connaissons. Bien entendu, il existe l’éternelle question sur la nature des changements mentionnés plus haut : sont-ils toujours provoqués par le temps ? Ou avons-nous, en tant que civilisation intellectuellement avancée, aussi un rôle à jouer ?

 

Un individu fataliste ou même perdu et terrifié de l’inconnu dirait que non. Et il aurait raison ! S'il n’est qu’un grain de sable dans un désert aride, quel genre de contrôle peut-il avoir sur le monde ? Malgré l’aspect terriblement minimaliste et déprimant de cette réponse, il serait un mensonge de dire que ce point de vue est rare. D’une certaine façon, la réalisation de sa propre insignifiance à l’échelle universelle est une preuve de santé mentale.

 

Alors, je préfère être fou. Ou devrais-je dire que, contrairement à la majorité, je préfère briser les limites intellectuelles qui me sont imposées ? Ne prenez pas ça comme une sorte d’insulte ou de critique envers le monde, mais simplement comme un constat : la vérité enseignée depuis le plus jeune âge dans les institutions scolaires enfermées dans le cercle vicieux d’un système archaïque tue les rêves, les visions et les espoirs sans la moindre pitié.

Mais quel est mon message aux intelligences du futur ?

Les fous changent le monde.

Mikhail Lomonosov, Leonard De Vinci, Steve Jobs, Elon Musk – des noms célèbres à travers le monde entier, parmi des centaines d’autres, pour leurs esprits uniques ainsi que pour leurs contributions novatrices. Tous étaient instruits, éduqués et pourtant si différents ! Qu’avaient-ils tous en commun ? Ils étaient dans leur grande majorité autodidactes et ne vivaient pas dans l’oppression d’un standard scolaire, dont les principes sont déformés à tel point qu’ils n’ont plus aucun sens. Lomonosov et De Vinci ont passé leur vie à chercher et à découvrir des nouvelles vérités scientifiques, créant ainsi la fondation des sciences d'aujourd’hui. Steve Jobs et Elon Musk n’ont même pas terminé leur cursus scolaire et ont entièrement redéfini la technologie !

 Il me semble que nous avons tout pour réussir, pour nous débarrasser enfin des horribles problèmes qui tourmentent notre monde. Mais qu’est-ce qui nous retient? Le système mis en évidence comme notre seule voie, pour nous tenir en place – l’école.

 Depuis plus de 150 ans, la classe moyenne ne suit qu’un chemin : celui de l’école, du travail, de la retraite, puis de la mort. Rien que d’écrire ces quatre mots me donne le mal de tête. L’énorme majorité d’entre nous va terminer son existence exactement comme décrit plus haut. Remarquez, cher lecteur, que je parle bien d’une existence et non pas d’une vie. Et peut-on vraiment considérer ce genre d’accoutumance empirique comme une vie ? Est-ce vraiment une vie si chaque jour se ressemble, engourdit la faible perception d’une possible futur passion ? Et sans oublier les regrets, les terribles regrets de ne pas avoir agi, réfléchi ou réalisé quelconque idée potentiellement révolutionnaire née dans un moment d’épiphanie. Une vie moyenne, sans ambition et audace, dans la prison de sa propre ignorance, enfermée dans les critères et les limites d’un système étouffant toute créativité et empathie. Et pourquoi en avoir besoin ? Ça n’aide pas ledit individu dans sa course contre la montre. Il ne s’arrêtera pas pour réconforter un enfant qui a perdu ses parents. Ou afin d’appeler les secours pour un homme mourant dans le métro. Est-ce vraiment ce que cette civilisation est devenue ? La belle pelure d’une pomme infestée de vers ?

 Mais il n’est pas trop tard. Là, maintenant, avec les avancées scientifiques hors du commun, dans un monde ayant brisé toute limite virtuellement indestructible, dans une économie de marché presque mondiale qu’il est temps de reconstruire, d’améliorer, de remettre sur pied. Il est temps de mettre fin aux problèmes qui détruisent peu à peu notre maison.

Apprenez à travailler ensemble, redéfinissez l’humanité, réussissez là où nous avons échoué – il n’est pas trop tard ! Ça doit être dit : l’éducation crée un standard auquel tout le monde est forcé à se plier afin d’être considéré comme un membre actif de la société. Elle fait de nous ce que nous ne sommes pas - des robots sans but ni rêves.

Tout est simple mais si compliqué...

 Les fous changent le monde.

Maxim Korneev

Lauréat russe du concours d'écriture Cher demain