Découvrez les textes «Angie, c'est moi Angie» et «A quoi bon je chante?» #concoursCherDemain

 

Angie, c’est moi Angie

 

Je fus réveillée par une grande lumière ayant une forme humaine. J’aurais pu penser qu’il s’agissait d’un fantôme, mais je ne crois pas aux fantômes… Je la suivis alors hors de la maison.

 

A première vue, rien de spécial : je me trouvais dans mon quartier, à Nice. Puis, je remarquai que la « femme-lumière » avait arrêté de luire au contact du jour et que les voitures avaient laissé place à des espèces d’avions, mais en versions miniatures. J’aperçus ensuite une publicité disant « 20% de réduction sur les cœurs, de grandes émotions à petit prix ! ». Cela ne semblait choquer personne.

 

Je remarquai alors que la femme que j’avais aperçue à mon réveil attendait que j’engage la conversation ; je lui demandai :

« Comment t’appelles-tu ?

- Angie, comme toi mais à des décennies...

- Mais… J’ai à peine ton âge ! »

Elle m’indiqua une vitre. Quand je m’aperçus dedans, ce fut le choc… On aurait dit que j’avais 200 ans ! Elle ne dit rien et m’emmena dans un magasin ; elle s’adressa au gérant :

 

« Gérard, j’aurais besoin de quelques retouches. »

Il alla alors chercher quelque chose dans l’arrière-boutique et revint avec un scalpel. Je faillis appeler la police ! Angie posa sa tête sur une table, il lui ouvrit l’arrière du crâne et lui retira le cerveau, quoique cela ressemble plus à une machine qu’à un cerveau.

 

Je m’évanouis.

 

Je me réveillai ensuite dans ma chambre ; Angie était toujours là ! Je fus soulagée de voir qu’elle n’était pas morte mais fus aussi complètement perdue ; Il lui avait tout de même ouvert le crâne.

 

« Tu dois être remuée, me dit-elle, ça fait toujours ça la première fois …

- Vas-tu un jour enfin m’expliquer où nous sommes ? M’énervai-je

- Chez toi, mais en 2204. Pour ton visage, il a pris l’apparence qu’il aurait eu si tu étais encore vivante aujourd’hui… Voilà, tu sais tout arrière-arrière-arrière-grand-mère !

-tu te moques de moi ?

- Absolument pas arrière-arri…

- Ah ça non ! »

Elle m’expliqua ensuite ce que j’avais pris pour un assassinat. L’opération consistait en fait à lui retirer le cerveau pour faire une mise à jour, un peu comme pour les téléphones.

Elle m’apprit également que pratiquement tous ses membres étaient partiellement ou, comme son cerveau, entièrement remplacés par des machines depuis ses 4 ans.

« C’est super, on peut changer ce que l’on souhaite comme ça. Par exemple, on peut effacer une personne qui nous a brisé le cœur ou même s’ajouter des souvenirs au choix. Et, tu as remarqué mon option phosphorescente ? Cool, non ? En plus, mourir est presque impossible pour nous, les bio-humains... Je ne sais pas comment on ferait sans ! »

 

Elle me racontait tout cela avec tant d’enthousiasme, mais c’était loin d’être sain. J’avais l’impression d’avoir face à elle la réaction qu’ont mes grands-parents face à mon téléphone portable.

 

Je repris :

« Il doit forcément y avoir des dangers, non ?

- On peut se faire pirater quelques données quand on se rend chez le marchand de biorganes, c’est pour cela que je vais chez Gérard ; je lui fais absolument confiance ! Mais ça reste quand même bien plus rare que les meurtres à ton époque…

- Ne t’es-tu jamais demandé si ça n’était pas Gérard qui t’avait programmée pour que tu lui fasses confiance ? »

Il y eut un grand silence. Je pense qu’elle avait réalisé que j’avais raison mais n’osait pas le dire.

 

Nous allâmes ensuite nous balader dans les rues et elle me montra plein d’innovations technologiques ; j’aurais tant voulu en ramener mais elle m’informa que seuls les objets possédant une masse moléculaire trop faible pour être repérés seraient conservés et non désintégrés, à moins que le futur ne soit modifié !

 

Soudain, un groupe d’hommes arriva et cria sur Angie, lui disant qu’elle n’avait pas le droit de m’avoir fait voyager puis ils prirent une tablette, cliquèrent dessus et elle tomba à terre. Ils avaient arrêté ses organes.

Ils me tirèrent dessus.

 

Je me réveillai dans ma chambre, mais à mon époque d’origine cette fois.

J’avais encore sur moi un collier qu’Angie m’avait offert.

 

Je décidai alors de lui écrire une lettre :

 

Chère Angie,

C’est moi Angie. J’aimerais tant pouvoir te dire de ne pas changer tes organes, mais tes parents ont décidé cela pour toi bien trop tôt. Ils ont décidé de te laisser te croire plus forte que la mort, de te déshumaniser. Ils ont décidé de te priver de chagrins qui nous rendent forts, de t’empêcher de vivre des parcours semés d’embûches, qui rendent la vie si passionnante. Ils ont transformé ton cœur en pierre Angie, et tu ne pourras malheureusement jamais rien y faire. Mais, pitié ne continue pas ce qu’ils ont commencé. Rebelle-toi et jamais, non jamais, ne te mêle à cette société, même si elle paraît parfaite, même si les voyages temporels t’attirent. Ne contribue pas à ta perte. Tu auras ainsi bien plus de mérite qu’eux et me rendras très fière.

 

Je montai la lettre au grenier.

 

Soudain, le collier s’évapora ! Angie, je suis fière de toi...

Maïa Lacombe

Lauréat français du concours d'écriture Cher demain

 


 

À quoi bon je chante ?

 

La jeune fille ouvrit les yeux, et la lumière vive des dizaines de projecteurs l’aveugla. Elle jeta encore un regard sur la salle : les milliers de personnes faisaient du bruit, criaient. Tous les regards étaient tournés vers elle. La jeune fille svelte en short de cuir noir et brassière jaune fit encore un pas de danse, ensorcelant les spectateurs. Dans cette salle immense elle était comme une petite étoile au firmament, étoile qui brillait maintenant plus que les autres. Kira fit un pas vers le bord de la scène et s’inclina en tendant les bras vers ses fans. La salle hurla.

– Merci à tous ! – hurlement de joie, – merci d’être venus !

 

L’idole fit demi-tour sur une jambe, adressa avant de partir un sourire radieux et se déroba dans les coulisses.

 

Avançant tout droit dans le couloir, elle poussa la dernière porte sur laquelle était inscrit : « Kira Sandy. Réservé au personnel » et poussa un soupir de soulagement. Il n’y avait personne dans sa loge. Elle s’assit sur le canapé et d’une légère pression du doigt lança un appel vidéo.

 

– Kira, tu as fait du bon travail, entendit-elle dans le haut-parleur.

La jeune fille soupira.

– Oui, l’essentiel, c’est que les spectateurs soient comblés. Je suis contente.

– Et comment pourrait-il en aller autrement ? Tu étais impressionnante.

– J’avais peur de mal chanter.

– Ha-ha, t’inquiète pas pour ça. Tes concerts sont toujours parfaits.

– Bien sûr, il faut seulement pratiquer un peu. Je vais travailler avec encore plus d’acharnement !

Staff eut un petit rire.

 

– D’ailleurs, où est le producteur ? Il est au banquet ? Je peux y aller ?

– Oui, il y est en ce moment. Reste dans ta loge pour l’instant. Vous vous verrez plus tard.

Kira se plaignit :

– Pourquoi je dois toujours attendre toute seule ?

– Tu as beaucoup travaillé, repose-toi bien.

On entendit le bruit de fin d’appel.

Poussant un soupir de mécontentement, Kira se rejeta sur le coussin et s’endormit.

 

La jeune fille fut réveillée par un froid désagréable qui l’envahissait déjà à mi-corps. Kira se leva, tenta ne serait-ce que de distinguer quelque chose dans le local à demi-éclairé où elle se trouvait. Elle eut d’abord l’impression d’être encore en train de dormir ou d’avoir des hallucinations.C’était une grande pièce, ou plutôt un entrepôt. Le long des murs s’étendait un long... Kira ne savait pas comment appeler ça. Un aquarium ? Elle s’approcha lentement de la vitre.

– Qu’est-ce que c’est ? C’est... moi ?

Elle vit des dizaines de copies d’elle-même.

Des pas se firent entendre. Kira sursauta. Un homme l’air fatigué s’approcha d’elle.

 

– Qui est là ? Un morceau de programme ? Comment tu t’es retrouvée ici...

– Au secours ! Faites-moi revenir, s’il-vous-plaît !

– Hum... personnalité virtuelle... Qu’est-ce qui se passe ?

L’inconnu, semblait-il, n’accordait aucune attention à la jeune fille et parlait comme à quelqu’un d’autre à côté.

– Je vous en supplie ! – Kira sanglota. – J’ai besoin de revenir d’urgence... de revenir retrouver les autres...

– Tu es simplement une partie d’un code qui a été piraté. Excuse-moi mais je n’y peux rien.

– Que... Qu’est-ce que vous voulez dire ?

– Tu ne t’en rends pas compte toi-même ? Oh mon Dieu... Regarde autour de toi : ce sont toutes les versions qui t’ont précédées. C’est l’IA avec utilisation de la technologie « Saïki ». C’est peut-être à cause des problèmes d’internet ces derniers temps dans tout le quartier. Apparemment tu as été supprimée du module-host. Je ne sais pas pourquoi tu es la seule à pouvoir fonctionner.

– Je ne comprends pas... de quoi vous parlez ? Et c’est quoi, cet endroit ?

 

– Ici... c’est là qu’on réunit tout le « chaos » d’internet. Je ne sais pas comment cet endroit a été créé. Depuis que j’y ai accès, la seule chose que je comprenne, c’est qu’il existe depuis très longtemps comme trou noir numérique.

Les yeux silencieux de la jeune fille dévoraient d’intérêt l’homme qui, peut-être, pourrait lui apporter des réponses à ses questions. N’y tenant plus elle revint à la charge.

– J’ai besoin de partir, s’il vous plaît !

– J’ai déjà dit que je ne pouvais rien faire. Tu n’es rien de plus qu’un morceau de code défectueux d’une personnalité virtuelle. On a déjà dû créer une nouvelle version à ta place. Que tu sois ici ou pas n’a aucune importance. De toute façon tu seras bientôt formatée.

 

– Personnalité virtuelle... formatage... qu’est-ce que je dois comprendre ?

– Bon, moi, il faut que j’y aille.

– Non, attendez !

Une heure plus tard Kira était assise par terre, collée contre le mur, et pleurnichait.

– Tu es encore là.

– J’ai besoin de partir... de retrouver les autres... Je dois chanter... Je veux voir les gens sourire.

– Kira Sandy, c’est ça ? Idole virtuelle. J’ai cherché sur internet. Hum... apparemment tu n’as toujours pas compris la situation. Bref, j’ai trouvé un moyen de te faire revenir.

– C’est vrai ?

– Oui. Comme je le supposais, c’était une impulsion d’un pic de tension, il faut donc que je configure une longueur d’onde inverse. Et je pourrai trouver le port où tu étais. D’autant plus que je connais les coordonnées de l’entreprise à laquelle tu appartiens, elle se trouve dans le même quartier. Je peux te charger sur le port-module d’origine.

– Je ne comprends pas très bien, mais s’il vous plaît !

 

– Tu veux vraiment retourner même sans savoir qui tu es en réalité ? De toute façon tu ne pourras pas vivre comme avant, il y a déjà une autre version de toi...

– Bien sûr que je veux revenir ! Plus vite !

– D’accord, salut !

– Merci !

L’homme manœuvra dans ses mains un interrupteur, le bruit du chargement de données retentit.

 

– Je suis revenue ? Kira regarda autour d’elle. – Ce n’est pas ma loge. Où suis-je ?

Un homme d’une cinquantaine d’années entra dans la pièce.

– C’est quoi ce truc ? Pourquoi le programme s’est-il branché tout seul ?

Il s’assit au poste de travail, un écran de projection s’alluma.

– Hum... excusez-moi ? On est où, là ?

– Silence, s’il te plaît.

L’inconnu tapa quelque chose sur l’ordinateur. Impuissante, Kira ouvrait la bouche.

L’homme continuait à parler tout seul.

– Quelle bande d’idiots, qu’est-ce qu’ils n’ont pas compris dans le mot « supprimer » ? Hum... le patch ne marche plus du tout. Je vais faire un test.

– Mais... qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi je n’arrivais pas à parler, là ? Qui êtes-vous ?

– Oui, complètement détraqué... Il n’y a plus qu’à supprimer.

– Eh oh, vous allez répondre à mes questions ?

 

– Merde, tu vas me laisser travailler, hein ? Bon, d’accord. Je suis le programmeur qui t’a créée, Itsuki Furuhata.

– Qui m’a créée ? Qui suis-je ?

– Kira Sandy, idole virtuelle. Version 2.3.9. Toutes tes pensées, ta personnalité, ta motivation, c’est moi qui les ai inventées. Le fait que tu penses être un être humain, bien sûr. C’est moi qui t’ai programmée comme ça.

La jeune fille regarda, interdite, son créateur. L’homme ouvrit une vidéo sur l’écran, c’était Kira.

– C’est moi ? C’est ma chanson mais je ne m’en souviens pas.

– C’est Kira Sandy 2.4. On devait te supprimer il y a trois jours. Personne n’a remarqué le remplacement.

– C’est-à-dire que les auditeurs le savent aussi ? Ça veut dire que j’ai vécu toute seule tout ce temps dans le mensonge ?

Furuhata écarta les bras dans un geste d’impuissance.

– Mais je voudrais chanter... devant tout le monde.

– Ok, les gars, elle va chanter à la place de la nouvelle version, dit-il par micro au directeur et à l’assistant.

– Ok.

Kira chanta pour son dernier concert et fut supprimée.

 

Aleksandra Litvinova

Lauréat russe du concours d'écriture Cher demain