Témoignage au retour de la learning expedition d’Orange Institute en Russie

« Orange Institute est un think tank international, créé en 2009 par Orange. Il s’est fixé pour objectif de comprendre et d’anticiper les changements rapides que les innovations numériques induisent dans nos sociétés connectées. Le projet fédère des passionnés de l’innovation, des leaders d’opinion et des experts de tous horizons animés par l’envie de réfléchir ensemble à ces transformations.

Deux fois par an, Orange Institute organise des learning expeditions dans les hauts-lieux de la créativité et de l’innovation. D’une durée de deux à quatre jours, ces sessions proposent une immersion dans des pôles de haute technologie, des centres universitaires et des multinationales.

Chaque thème est sélectionné avec soin, en fonction de sa pertinence dans le pays visité et aussi de son intérêt pour nos membres, qu’ils viennent de multinationales ou qu’ils aient fondé leur propre structure.

À travers ces learning expeditions, les membres d’Orange Institute ont l’opportunité d’aborder de manière vivante les tendances émergentes et disruptives qui touchent aux domaines social, technique et humain. Ils sont invités à réfléchir ensemble aux moyens de s’adapter à ce nouveau monde et d’y prospérer, à titre individuel et collectif.

La convivialité et l’interactivité de ces sessions favorise l’émergence de nouvelles perspectives de collaboration pour les entreprises et la création de relations pérennes, basées sur un esprit d’ouverture.

Cette 22ème session est la première incursion de l’Institut en Russie et a fortiori à Moscou. L’équipe a souhaité partir à la découverte de ce territoire aux multiples facettes, chargé d’un imaginaire collectif riche et à la fois mystérieux.

Ce voyage fut l’occasion de découvrir de nombreux contrastes existants entre une image parfois austère, une culture passée très riche mais aussi très novatrice (Moscou est la 6ème ville la plus digitalisée au Monde). Cette nouvelle génération a soif d’entreprendre sous le contrôle du gouvernement qui s’est donné pour ambition de voir l’économie digitale atteindre 25% du PIB du pays d’ici 2025.

Notre session a tenu ses promesses : la meilleure façon de connaitre l’innovation en Russie, c’est d’y aller !

Nous avons eu la chance de faire ces découvertes dans les meilleures conditions possibles : rencontrer des speakers de premier plan dans les secteurs qui nous tenaient à cœur.

A titre d’exemple, en introduction de notre session, nous avons eu le privilège d’accueillir le Directeur du département des nouvelles technologies et du digital au sein de l’Administration du Président Poutine. Cette intervention a pu être mise en perspective avec l’intervention de notre Ambassadeur de France en Russie ainsi que ses conseillers en matière économique et des droits de l’Homme.

L’accueil qui nous a été réservé à la Résidence de l’Ambassade ainsi que les échanges que nous avons pu avoir ont enchanté et passionné nos membres. Ils ont eu la sensation d’être privilégiés et de mieux comprendre en peu de temps les enjeux, la richesse et les défis que la Russie doit relever pour retrouver une place de choix dans l’innovation mondiale.

Cette session fut l’occasion pour nos membres de réaliser combien le rôle d’Orange dépasse largement le secteur BtoC tel que nous le connaissons en France et que l’activité phare d’Orange Business Services permet à notre groupe de rayonner largement à l’international. En avril dernier, Gervais Pelissier, Directeur général Adjoint du Groupe Orange a pu rencontrer Vladimir Poutine dans le cadre du Conseil Economique CCIFR durant lequel ils ont échangé sur un objectif de 100% de connectivité sur la route maritime au Nord de la Russie, en compétition avec le Canal de Suez au sud.

Vladimir Kosteev, quant à lui, a présenté l‘objectif ambitieux du gouvernement de dédier 25% du PIB au digital d’ici 2025. La clé du succès du développement des start-ups russes aujourd’hui réside dans l’accès le moins cher au réseau mobile dans le monde, un accès libre aux infrastructures du pays et une vaste audience captive.

La Russie, de manière plus globale, oscille entre l’Est et l’Ouest. A l’heure où l’Europe et les Etats-Unis font front, la Russie trouve en la Chine un allié de poids dans la sphère géo-politique. Les réserves de pétrole restent le 1er indicateur de richesse du pays et on constate un net contraste entre la partie occidentale la plus aisée et avancée du pays et l’immense région centrale désertique et très pauvre, privée de réseau et d’infrastructure de transport pour se développer de manière suffisante. Par ailleurs, les 10 plus grosses entreprises tous secteurs confondus sont des entreprises publiques. On constate une mainmise de l’Etat sur l’économie, peu propice aux investissements extérieurs.

En parlant de grosses entreprises, nous avons eu à cœur d’aller à la rencontre des plus beaux succès de ces dernières années, qu’ils soient dans le digital ou non. Nous avons rencontré la Directrice des grands comptes de Yandex, Maria Dirina qui nous a montré la dimension tentaculaire de ce groupe qui a supplanté Google en Russie. Yandex totalise une large audience de 109 millions d’internautes à l’image de la population géographique sauf peut-être dans le grand Nord. La force de ce groupe c’est sa diversification avec 57 app différentes, une reconnaissance de plus en plus tournée vers l’international notamment avec leurs taxis autonomes offrant 10 heures de conduite d’affilée. Et les Russes ont bien compris que les données les plus précieuses sont les données personnelles.

Vkontakte est également un succès à l’instar de Facebook dans les autres pays, Facebook étant utilisé en Russie comme un réseau social professionnel : 97 millions d’utilisateurs/mois gérés par une équipe de 220 techniciens. Ils innovent par leur organisation horizontale et en répartissant les responsabilités de manière équilibrée entre les salariés. La rançon de leur succès réside dans la fuite de leurs cerveaux vers les contrées florissantes de la Silicon Valley notamment.

Nous avons aussi percé à jour le secret d’Avito, 1er site de petites annonces en Russie, 2ème dans le Monde. Le montant des transactions réalisées sur leur plateforme représentait 1,56% du PIB russe en 2017. Tout repose sur leur forte capacité à tagger les produits de manière très précise, leur exhaustivité dans le référencement des produits, la garantie de livraison et de paiement pour toutes les transactions effectuées sur une plateforme 100% sécurisée.

Enfin, nous avons découvert que Leroy Merlin est le leader du DIY en Europe et le 8ème réseau de vente en Russie avec 100 magasins physiques, 1000 fournisseurs et 1 million d’acheteurs quotidiens. Son succès réside dans sa plateforme d’achat en ligne couplée au réseau physique ayant ainsi permis de développer leur CA de manière significative à 33%. De là à dire que la France les envie, il n’y a qu’un pas.

Notre 2ème journée a marqué le point d’orgue de notre session avec un focus sur les thèmes des FinTech et de la Blockchain le matin et la Cyber Sécurité l’après-midi.

Un aperçu très complet et complémentaire des plus gros acteurs de la Finance avec Sberbank, (1ère banque publique du pays avec 177 ans d’existence qui se présente comme leader de la transformation grâce à l’IA). Mais également Tinkoff bank (1ere banque 100% digitale avec 9 millions de clients en 13 ans d’existence) et Joys (développement d’une solution de paiement via crypto monnaie encore au stade de test dans les pays BRICS). L’analyse très documentée de l’économie russe par le cabinet goetzpartners a mis en évidence quelques éléments clés pour comprendre la structure du tissu économique. Malgré des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis en premier lieu et des mesures de rétorsions russes encore plus paralysantes pour le marché des PME russes, on remarque une volonté très forte d’entreprendre et de renaitre économiquement dans le pays. Il n’en reste pas moins une différence significative entre Moscou et les grandes villes d’un côté et le reste du pays de l’autre. Les secteurs phares sont donc la FinTech, l’IA au service de la reconnaissance faciale et de la voix notamment.

Le principal frein à l’innovation réside aujourd’hui dans la promulgation d’une loi sur l’internet souverain et sur les données personnelles. On perçoit le paradoxe entre une volonté d’ouverture, d’innovation au service des entreprises, contrebalancé par un contrôle que le gouvernement souhaite exercer sur son sol.

Notre rencontre avec Kaspersky Lab nous a permis de mieux comprendre leur organisation, leur sphère d’influence non seulement en Russie mais aussi dans le monde entier. Ce qui explique peut-être une image de puissance bien sûr mêlée de défiance de la part de ceux qui aimeraient rivaliser avec une telle force de frappe. 346,000 fichiers infectés détectés chaque jour, 8 petabytes de données stockées, 12,8 milliards de fichiers, plus de 740 millions de fichiers malveillants identifiés et plus de 300 brevets déposés en 23 ans.

Enfin la société NtechLab a également fait forte impression avec son logiciel de reconnaissance faciale FindFace. Ce dispositif extrêmement efficace, est capable de reconnaitre un visage en une demi -seconde avec certitude, quand bien même ce visage est recouvert à plus de 50% et qu’il ne regarde pas la caméra. Ce système est également capable de détecter les émotions. Il est aujourd’hui reconnu comme le plus performant par les organes internationaux de test NIST et IARPA. Les usages sont multiples (localiser un criminel, gérer la circulation ou les accès à différents services publics par reconnaissance facile). L’objectif affiché pour la ville de Moscou est de rendre son agglomération l’endroit le plus sûr au monde. Le logiciel est actuellement équipé de 200,000 caméras capables de reconnaitre jusqu’à 3000 visages simultanément. La beauté de ce système qui peut effrayer nos modes de fonctionnement notamment vis-à-vis des règles RGPD réside dans le modèle open source ne requérant aucun support spécifique pour réceptionner les images ou installer le logiciel ni aucun droit d’utilisateur pour visionner les images. Cette technologie peut être adaptée à de nombreux supports tels des téléphones mobiles ou des lunettes. Les films futuristes ne le sont dorénavant plus tant qu’il n’y parait.

Pour conclure notre rencontre, nous avons touché du doigt la sphère des medias et de l’entertainment.

L’essor des marques en Russie s’est développé après la crise économique de 1998. On peut parler de réelle naissance à partir de cette époque. Avant, seules les marques internationales avaient pignon sur rue et les marques russes étaient inexistantes. Cet essor s’est accompagné du développement des agences media et nous avons pu rencontrer la 1ère agence digitale russe, Mosaic, qui travaille sur les campagnes des plus gros clients du marché tels que Sberbank, Huawei, Yandex, Pepsico, etc… Au-delà des innovations digitales, certains clients comme Mastercard ont à cœur de faire bouger les mentalités (notamment la place des femmes dans la société). A propos de mentalité, la chaine indépendante d’opposition Dozhd est la seule à exister sur ce marché ultra contrôlé. Elle a été fermée pour avoir couvert les grèves qui ont suivi les élections de décembre 2012.

En réponse, la chaine a décidé de continuer à vivre grâce aux abonnements de ses 60,000 abonnées et 1.5 million de fans qui débâtent sur Facebook.

Nous ne pouvions pas rentrer en France sans visiter le centre d’innovation et la Business School de Skolkovo, lieu emblématique de l’innovation aux portes de la ville lancé par un groupe d’entrepreneurs en 2005.

L’école se veut ouverte, internationale, tournée vers le développement du pays et le rayonnement à l’international. Nous avons été reçu par la directrice de l’école, ouverte aux partenariats et désireuse d’attirer les universitaires internationaux pour développer l’attractivité de l’école.

Nous quittons ce beau pays à regret, riche d’une connaissance nouvelle, de rencontres passionnantes et de perspectives qu’on ne peut découvrir qu’en se rendant sur place et en parlant aux bons interlocuteurs.

De ce point de vue, nous remercions chaleureusement Igor Lys sans qui ce programme n’aurait pu voir le jour avec les interlocuteurs auxquels nous avons eu accès et sans qui nous n’aurions pas découvert le Dialogue de Trianon. »

Télécharger la présentation de Orange Institute (pdf)